Depuis quelques semaines, une question circule dans les cercles de développeurs : Rust aurait-il atteint sa vitesse de croisière, voire son plafond ? Le PDG de l'index TIOBE l'affirme, s'appuyant sur un recul de trois positions entre janvier et avril 2026. Mais derrière cette lecture statistique se cache un tableau bien plus complexe et une leçon sur la façon dont on mesure l'influence réelle d'un langage.Selon Paul Jansen, PDG de TIOBE, Rust a atteint son plus haut historique en janvier 2026, à la 13e place de l'index. Trois mois plus tard, il est retombé à la 16e position. Pour le dirigeant de la société d'évaluation de la qualité logicielle, cela suggère un plafonnement de l'adoption. L'argument principal avancé : la courbe d'apprentissage jugée rédhibitoire pour les développeurs non spécialistes limiterait l'expansion vers un public grand public.
Et Paul Jansen de déclarer :
« Rust est le plus jeune langage du top 20 de l'indice TIOBE. Il y a fait son entrée en juin 2020 et était alors pressenti pour intégrer le top 10, s'imposant comme un concurrent sérieux pour C et C++. C'était il y a près de six ans. Depuis, Rust a progressé régulièrement dans le classement, atteignant même sa meilleure position historique (13e) en début d'année. Cependant, trois mois plus tard seulement, il a chuté à la 16e place. Cela suggère que son taux d'adoption pourrait plafonner.
« Une explication possible est que, malgré sa capacité à produire du code très performant et sûr, Rust reste difficile à apprendre pour les programmeurs non experts. Si les spécialistes des domaines critiques en termes de performances sont prêts à investir dans la maîtrise du langage, une adoption plus large par le grand public semble plus complexe.
« Par conséquent, la popularité croissante de Rust semble se stabiliser et l'objectif d'intégrer le top 10 paraît désormais plus lointain. »
Mais avant de tirer des conclusions, il convient de comprendre ce que mesure réellement l'index TIOBE et ce qu'il ne mesure pas. L'index est calculé à partir du nombre de requêtes sur plus de vingt moteurs de recherche populaires, dont Google, Amazon, Wikipedia et Bing. Il ne prétend pas mesurer le nombre de lignes de code écrites dans un langage, ni la satisfaction des développeurs, ni l'usage en production.
Cette méthodologie a toujours posé problème. Comme le souligne un observateur, un langage dont les développeurs trouvent leurs réponses via un assistant IA plutôt qu'un moteur de recherche verra mécaniquement son score TIOBE s'éroder, indépendamment de son adoption réelle. À l'heure où GitHub Copilot, Claude ou ChatGPT répondent directement aux questions techniques, l'effet est loin d'être négligeable. Un observateur l'a formulé clairement : l'index TIOBE est très sensible aux variations des résultats des moteurs de recherche et aux biais introduits par les LLM, qui court-circuitent l'une des principales sources de données de l'index.
Par ailleurs, un simple coup d'œil au tableau révèle des absurdités qui fragilisent la crédibilité de l'outil : Delphi/Object Pascal figure en 10e position, devant Go (15e) et Rust (16e). Voir un langage dont l'heure de gloire remonte au tournant des années 2000 dépasser deux des technologies les plus actives de la décennie suffit à relativiser fortement la portée du classement.
Ce que les autres indices révèlent
Fort heureusement, TIOBE n'est pas le seul outil disponible, et les données alternatives dressent un portrait sensiblement différent.
RedMonk, qui croise le nombre de dépôts GitHub avec l'activité sur Stack Overflow, classe Rust en 19e position dans son édition de janvier 2025. RedMonk note que c'est l'un des classements les moins mouvementés en quinze ans d'existence de l'index, signe de stabilisation plutôt que de recul. Pour un langage jeune qui s'attaque à un segment aussi technique que la programmation systèmes, se maintenir dans un top 20 mondial représente déjà une performance.
Stack Overflow Developer Survey, qui interroge chaque année des dizaines de milliers de développeurs actifs, raconte une histoire encore plus favorable. Pour la neuvième année consécutive, Rust a été désigné langage le plus admiré par les développeurs en 2025, avec un taux d'approbation de 72 %. Son gestionnaire de paquets Cargo a lui aussi été élu outil le plus apprécié parmi les outils de développement cloud et d'infrastructure. Un taux d'admiration record sur neuf ans n'est pas le portrait d'un langage qui s'essouffle, c'est celui d'un langage que ceux qui l'utilisent ne veulent plus lâcher.
JetBrains, dans son State of Developer Ecosystem annuel, estime que Rust comptait 2,27 millions de développeurs actifs en 2025, avec une croissance de 35 % des offres d'emploi sur l'année selon d'autres agrégateurs de données sectorielles. Sur GitHub, les dépôts Rust ont progressé de 89 % en glissement annuel en 2025, soit la plus forte croissance de tous les langages suivis. Ces chiffres témoignent d'une vitalité réelle de l'écosystème, que le filtre TIOBE ne capture tout simplement pas.
Une adoption institutionnelle sans précédent
Bien au-delà des sondages, la véritable mesure de la santé de Rust se lit dans les décisions structurelles prises par les acteurs qui comptent.
Fin 2025, au Maintainer Summit de Tokyo, le noyau Linux a...
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