Racheté par Anthropic en décembre 2025, Bun, le runtime JavaScript ultra-rapide bâti sur Zig, traverse une semaine de remous. Pendant que certains développeurs s'interrogent sur l'avenir du projet dans le giron d'une entreprise d'IA dont le produit phare, Claude Code, accumule les critiques, son créateur Jarred Sumner publie discrètement un guide de portage vers Rust, alimenté par l'IA. Coïncidence malheureuse ou signal fort d'un tournant stratégique ? La communauté ne sait plus quoi penser.En décembre 2025, l'annonce du rachat de Bun par Anthropic avait été globalement bien accueillie. La logique semblait imparable : Claude Code est distribué sous forme d'exécutable Bun à des millions d'utilisateurs. Si Bun se casse, Claude Code se casse. Anthropic a donc une incitation directe à maintenir Bun excellent. Pour une communauté qui se demandait comment un projet financé par du capital-risque allait trouver un modèle économique viable, l'adossement à une entreprise valorisée à plusieurs dizaines de milliards de dollars paraissait être une bouée de sauvetage providentielle.
L'annonce assurait que Bun resterait open source sous licence MIT, que la même équipe continuerait à travailler dessus, et que la feuille de route resterait centrée sur les outils JavaScript haute performance et la compatibilité Node.js. Cinq mois plus tard, ce tableau rassurant commence à se fissurer, non pas parce que Bun lui-même aurait fléchi, mais parce que son nouveau propriétaire donne des signes inquiétants de son rapport au logiciel produit.
Claude Code, le cas d'école de la dégradation
Il y a un an, Claude Code semblait prodigieux. C'était l'un des premiers outils de codage assisté par IA qui convainquait que les flux de travail des développeurs allaient évoluer de l'autocomplétion vers les agents. Il pouvait lire un projet, effectuer des modifications précises, exécuter des commandes, corriger des erreurs et persévérer. Ce qui avait transformé des sceptiques en évangélistes. Aujourd'hui, le même outil concentre les doléances.
En avril 2026, les développeurs ont commencé à se plaindre de la qualité de Claude Code, du comportement vis-à-vis des limites d'utilisation, des restrictions imposées aux harnais tiers, d'une facturation opaque et d'une communication trop lente.
Le 2 avril 2026, un ticket intitulé « Claude Code est inutilisable pour les tâches d'ingénierie complexes avec les mises à jour de février » est ouvert sur le dépôt officiel d'Anthropic. Son auteure : Stella Laurenzo, identifiable via son profil GitHub sous le pseudonyme stellaraccident et un post LinkedIn associé : directrice du groupe IA chez AMD. Le message n'est pas une simple plainte d'utilisatrice frustrée. C'est un rapport d'analyse de plusieurs semaines, produit par Claude lui-même à partir de données de sessions réelles, et qui pointe nommément Anthropic pour une dégradation progressive et non communiquée de son produit phare.
Laurenzo explique que son équipe est parvenue à cette conclusion en s'appuyant sur des mois de logs issus d'un environnement de travail à haute complexité. Tous les ingénieurs seniors de son équipe ont rapporté des expériences similaires. Le verdict est sans appel : « Claude ne peut plus être considéré comme fiable pour des tâches d'ingénierie complexes. »
Anthropic a publié un post-mortem technique reconnaissant plusieurs problèmes : un effort de raisonnement par défaut réduit, un bug de session périmée, et une modification de prompt ayant dégradé la qualité de génération de code.
Puis vint l'affaire OpenClaw. TechCrunch a rapporté qu'Anthropic avait indiqué aux abonnés de Claude Code qu'ils devraient payer un supplément pour utiliser OpenClaw et d'autres harnais tiers. Plus préoccupant encore : le simple fait de mentionner « OpenClaw » dans l'historique git pouvait provoquer un refus de Claude Code ou générer une surfacturation, même dans un dépôt vide lors d'un simple appel à claude -p "hi". Ce type de comportement, où le contexte textuel d'un commit modifie silencieusement la facturation, illustre précisément ce que la communauté désigne par le terme d'enshittification : une dégradation progressive et méthodique de l'expérience utilisateur au profit de mécanismes de monétisation.
L'effet de contamination craint sur Bun
C'est dans ce contexte que le développeur William Johnston publie un billet intitulé « I am worried about Bun ». Le raisonnement est simple : Bun est embarqué dans Claude Code. Claude Code semble s'enshittifier. On est donc en droit de s'inquiéter que Bun puisse suivre le même chemin. Non pas parce que Bun est mauvais, il ne l'est pas, ni parce que l'équipe Bun a cessé de s'en soucier, mais parce qu'à mesure que Bun et son équipe s'intègrent davantage dans Anthropic, les mêmes politiques qui ont conduit à la dégradation de Claude Code pourraient s'y appliquer.
Johnston annonce donc migrer ses projets vers pnpm, tout en précisant qu'il ne recommande pas nécessairement cette démarche à tous : pour les nouveaux projets, pnpm fait sens ; pour les projets existants, mieux vaut rester avec Bun à moins d'avoir une bonne raison d'en partir.
Sur Hacker News, la discussion divise. Un commentateur, AntonyGarand, apporte un contre-argument structuré : avant l'acquisition, Bun devait de toute façon trouver un modèle de monétisation. Et même si la maison mère adopte des pratiques discutables avec ses autres logiciels, il est exagéré d'en déduire que cela se traduira par une dégradation de Bun. Claude Code est au...
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